mercredi 16 novembre 2016

Allô, maman-bobo?

(Pardon msieu Souchon, j'le f'rai plus...)

Il paraît que je suis une bobo. Je ne sais pas trop bien ce que ça veut dire, je ne me sens ni bourgeoise ni bohème, mais bon, figurez-vous que je porte mes enfants en écharpe, et d'après une grrrrande sociologue journaliste c'est un marqueur social de gôche. Je cite :

L’écharpe de portage est un objet de gauche. C’est ainsi, nos possessions ont parfois une orientation politique plus claire que nous. Si vous ne savez pas à quelle primaire voter, demandez à votre garde-robe. Pull sur les épaules : droite. Sarouel : gauche. Mocassins à glands : droite (mais en phase de réappropriation par les bobos, donc par la gauche).

L’écharpe de portage est une philosophie. L’enfant n’est pas ce futur adulte que vous allez coller dans une poussette pour qu’il comprenne que dans la vie, il faut foncer droit devant et sentir le vent dans les cheveux. Il est cet être en devenir que vous allez doucement bercer dans l’harmonie du monde qui l’entoure, enveloppé de tissu (bio, cela va sans dire).

L’écharpe de portage est un humanisme. D’ailleurs, elle est « inspirée des modes de portage traditionnels du monde, mais adaptée à nos attentes de parents occidentaux modernes en termes de confort et de sécurité », explique le site Portersonenfant.fr, qui cite comme modèles le pagne africain, le mei taï chinois, l’awayo et le rebozo d’Amérique du Sud. Vous voilà en phase avec des pratiques ancestrales – donc forcément bonnes. De quoi affronter la « jungle urbaine » avec la bonne conscience du parent qui a toute l’humanité derrière lui, pour seulement une quarantaine d’euros.

L’écharpe de portage est une revendication. Combien de pères aiment se promener, bébé sur la bedaine, avec l’air grisé de celui qui porte non seulement un nouveau-né, mais aussi un message ? « Chez nous, c’est l’égalité parfaite, semblent-ils dire. Moi aussi, j’ai une scoliose. » L’une des marques qui vend des écharpes s’appelle Je Porte Mon Bébé. On dirait un slogan de campagne. J’y vois une forme de suprématisme snob ; une marque qui s’appellerait Je Pousse Mon Bébé Dans Une Poussette ne semble pas, d’instinct, promise à un bel avenir.

L’écharpe de portage est une secte. Seul un gourou peut avoir inventé un nom aussi ridicule. Seul l’endoctrinement explique que l’on passe des heures à s’entraîner au « nouage enveloppé-croisé » devant un tuto sur Internet, tout cela pour ne parvenir à se faire des nœuds qu’au cerveau. Ou que l’on s’obstine par 30 degrés, alors que l’enfant est proche de la déshydratation sous ses couches d’écharpe. Seul un stade avancé d’aveuglement justifie que l’on emploie des expressions comme « à portée de bisou » dans le langage courant – c’est l’image utilisée par les fabricants pour s’assurer que le bébé est à la bonne hauteur.

Il faudra bien y réfléchir en entrant dans la boutique d’accessoires : préférez-vous intégrer la clique des pseudo-progressistes à écharpe ou rejoindre la cohorte des néo-réactionnaires à poussettes ? Une fois ce choix fait, vous serez prêt pour tout, même à glisser un bulletin dans l’urne – et la bonne.

Je voulais commenter chaque paragraphe en mode "ha ha voyez, moi aussi je peux faire des commentaires spirituels à deux balles" ; mais en fait, ça m'énerve trop.

Parce que c'est bourré de clichés plus ou moins assumés.
Parce que c'est imprégné de psychanalyse de comptoir mâtinée de Naouri mal digéré.
Parce que la juxtaposition de "société traditionnelle" et "jungle", même urbaine, laisse un arrière goût de vomi après les déclarations  *humoristiques* de Sarkozy sur le réchauffement climatique et la "jungle" de Calais.
Parce que le paragraphe sur l'implication des pères est d'une connerie sans nom.
Parce que comparer le portage en écharpe à une secte, c'est faire insulte aux victimes des sectes. À ce compte là, et dans un autre domaine, Hanouna c'est un gourou #OhWait ...

Et surtout, surtout, ça m'énerve parce que c'est un énième article qui juge en les moquant/méprisant des choix parentaux. C'est vraiment du journalisme, ça? Foutez-nous la paix, à la fin! Pourquoi tant d'aigreur? Si je me livrais moi aussi à la psychanalyse de comptoir, je dirais que ça sent les choix mal assumés, comme dans certains articles sur l'allaitement ou les petits pots maison. Mais en vrai je m'en fous. Je respecte les choix des autres, pour peu qu'on respecte les miens.

Vous savez quoi, Clara Georges? Si je porte mes enfants en écharpe, ce n'est pas pour envoyer un quelconque message au monde, non.
C'est avant tout parce que c'est pratique ; ça libère les mains pour tenir celles des mouflets aînés et éviter qu'ils passent sous une bagnole ; ça évite de péter un câble de frustration parce qu'on a passé une plombe à endormir un marmot qui va se réveiller à la seconde où on sortira de sa chambre ; c'est vachement plus simple pour se déplacer en ville ou dans le métro (rien que l'idée d'une poussette dans le métro me donne des sueurs froides) ; ça permet de préparer le dîner sans avoir en bande-son les hurlements d'un bébé fatigué ; et en hiver, ça tient chaud en balade.
Et en prime, c'est agréable d'avoir son enfant "à hauteur de bisou" (ouais, moi aussi je dis ça, je suis une bobo-déglingo qui se shoote à l'odeur des cheveux de bébé) ; en tout cas c'est plus sympa que "à hauteur de pot d'échappement".

En tout cas, Clara Georges, si avec tout ça vous savez pour qui je vais voter, vous êtes drôlement forte. Parce que moi je ne sais pas. Je ne sais même pas s'il y en aura une bonne, d'urne...




1 commentaire:

  1. Je reste sans voix. C'est un ramassis de conneries, il n'y a pas un argumetn qui tienne la route et, surtout, est-ce qu'on ne pourrait pas enfin nous lacher la grappe ? Non mais !

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